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RECHERCHE NATIONALE
Project CGP/REM/057/SPA
Actualisation Avril 2005

 Étude des rejets du chalutage benthique sur les cotes tunisiennes  

Note: Cette page Web est basée sur le rapport final de ce projet

 

Sommaire

Introduction et objectifs

L'équipe de recherche

Matériel et méthode

Résultats obtenus

Les causes des rejets

Conclusions et perspectives

 

 
Introduction et Objectifs
Introduction

La pêche au chalut est pratiquée en Tunisie au moyen de chaluts crevettiers de type méditerranéen, de type italien et à grande ouverture verticale (ou GOV) ou encore pélagique. Les marées sont généralement de 3 à 5 jours au Nord, avec une durée de trait de 2 à 3 heures, de 4 à 5 jours à l’Est avec une durée moyenne de trait de 2 heures et de 6 à 8 jours au sud avec une durée de trait d’une à deux heures.

Cette activité de pêche génère généralement des rejets relativement importants qui se composent non seulement d’espèces commercialisables mais aussi d’une riche faune benthique. Les premiers sont essentiellement rejetés pour des raisons réglementaires ou commerciales, car il s’agit généralement d’individus immatures. Les seconds sont constitués de différents groupes écologiques. Ce phénomène de rejets, très répandu dans les pêcheries méditerranéennes, constitue un gaspillage économique et écologique des ressources halieutiques exploitables.

L'étude des rejets et de leur impact sur les pêcheries est depuis longtemps abordée en Tunisie, notamment au travers de campagnes de prospection et de chalutage expérimental. La Tunisie donne de plus en plus de l’importance à ce sujet ces dernières années, grâce en particulier à la réalisation du programme National d’Évaluation des Ressources Halieutiques des côtes tunisiennes.

C’est dans ce contexte général que le laboratoire des ressources marines vivantes de l'Institut National des Sciences et Technologies de la MER (INSTM) a élaboré un projet de recherche consacré à l’étude des rejets benthiques.
 

Objectifs principaux

  • Identifier et quantifier, si c’est possible, les plus importantes espèces se trouvant dans les déchets benthiques des opérations de chalutage.
     

  • Proposer des solutions scientifiques pour essayer de diminuer les quantités d’espèces rejetées dans les pêcheries nationales.

Ce programme de recherche bénéficie de l’appui financier du projet régional FAO/COPEMED.

 

 
L'équipe de recherche
Des scientifiques de l'INSTM participent à ce programme de recherche sous la coordination de :
Otman Jarboui
INSTM
Route de Madagascar
3000 - SFAX
TUNISIE
Tel. : +216 (74) 497 117
Fax : +216 (74) 497 989
E-Mail:
Nédra Zamouri
INSTM
La Goulette
Port de pêche
2060 la Goulette
Tél.: +216 71 735 848

E-Mail:
Missaoui Héchmi
ISPA
BP 15, 7080 Menzel Jamil Bizerte
Tél.: +216 71 735 848

E-Mail:
Nader Ben Hadj Hamida
INSTM
La Goulette
Port de pêche
2060 la Goulette
Tél.: +216 71 735 848

 
Matériel et méthode
L'étude des rejets se fait par échantillonnage des capture réalisées par:
  • des observateurs embarqués sur des bateaux de pêche commerciale: échantillonnage direct des débarquements et rejets produits par une même opération de pêche.
     
  • campagnes de prospection et de pêche expérimentale réalisées avec le navire Océanographique de recherche de l’INSTM « Hannibal ».


Figure 1 - Navire Océanographique "Hannibal" de l'INSTM

L’unité d’échantillonnage est le trait ; cependant les différentes caractéristiques du trait sont notées par l’observateur suivant une fiche bien appropriée. Pour les structures démographiques des rejets des plus importantes espèces, nous les avons également consignés dans d’autres types de fiches.

Rappelons qu’à chaque coup de chalut, les coordonnées géographiques (longitude et latitude), la direction, la durée et la profondeur ont été enregistrées. Ces paramètres sont à chaque fois pris au début et à la fin des traits de chalut effectués. A bord du bateau, nous procédons, outre à l'identification des espèces pêchées et du benthos, à la mensuration biométrique d'un échantillon représentatif des principales espèces capturées. A chaque coup de chalut, les quantités en espèces commerciales sont triées puis pesées et analysées séparément. Les longueurs individuelles sont mesurées par un ichtyomètre à 0,5 cm près, alors que les masses des échantillons prises en considération (individus non éviscérés) sont déterminées par une balance électronique. Pour l'estimation des rejets de petits poissons, nous prélevons, par trait, un échantillon représentatif dont le traitement s'effectuera ultérieurement. Cette estimation est rapportée aussi bien aux nombres d'individus rejetés qu'à leurs poids respectifs. Au retour au laboratoire, on détermine qualitativement et quantitativement la composition spécifique des échantillons relatifs au rejet et au benthos. Toutes les différentes données obtenues sont saisies et archivées dans un système informatisé (Tableur EXCEL).

Après les opérations de triage des captures, les espèces du benthos sont déterminées par les différentes clés usuelles de déterminations : Fisher et al. (1987), Ridel (1959) et Nordsick (1984). Pour l’estimation quantitative, nous avons déterminé les indices d’abondance des plus importantes espèces rejetées. Ces indices sont généralement exprimés en kg/h (kilogramme par heure de pêche effective). Pour certaines espèces dont nous avons pu déterminer les structures démographiques, nous avons pu estimer ces indices en nombre d’individus par trait de chalut effectués.

Nos opérations d’échantillonnage ont concerné la région Nord et Sud de la Tunisie (golfe de Gabès). Par ailleurs, la zone du golfe de Gabès concernée par l’étude de l’évaluation d’impact s’étend depuis les limites Sud des îles de Kerkennah jusqu’aux frontières tuniso-lybienne. Il est cependant important de noter que les différents traits étaient effectués selon le choix du patron du bateau. Nous nous limitons, à la période mai - juin de 2003, période qui coïncide avec la première campagne de pêche de la crevette royale dans le golfe.

Les différents traits effectués sont représentés dans la carte de la Figure 2. L’engin de pêche utilisé à bord de ces bateaux est un chalut de type crevettier assez largement employé par la flottille hauturière du golfe de Gabès.

Traits de chalut effectués dans le golfe de Gabès
Figure 2 - Traits de chalut effectués dans le golfe de Gabès aux mois de mai et juin 2003

L'estimation de l'indice d'abondance, défini ici comme étant le rendement horaire, aussi bien des espèces commerciales que des rejets de petits poissons et des autres espèces a été calculée comme suit :

    Qi: Quantité débarquée ou rejetée de l’espèce considérée pendant le trait (i)

    ti: Durée en minutes du trait i

    (Rh):  Pour une strate temporelle donnée, nous calculons assez souvent un rendement horaire moyen


L'intervalle de confiance pour une probabilité de 0,05 % serait de la forme:

Pour chaque composante, groupes d’espèces ou espèce, ce paramètre a été estimé par trait de chalut puis la moyenne a été calculée par strate temporelle. Rappelons qu’à l’intérieur de chacune de ces strates, le choix de l’emplacement du trait est aléatoire.

  
Résultats obtenus

Les premiers résultats d'analyse de données de campagnes réalisées depuis 1999 montrent la richesse des rejets benthiques que se soit en espèces commerciales ou non commerciales (voir liste taxonomique). Le nombre et la nature des espèces varient selon la zone de pêche et les profondeurs fréquentées. En moyenne, nous avons rencontré environ 15 espèces avec un maximum qui peut dépasser 25 espèces.

Au total, 81 traits de chalut totalisant 125 heures de pêche effective ont pu être analysés. Parmi ces traits, 34 ont été effectués la nuit alors que 47 traits ont été réalisés le jour. Il est à noter que la pêche de nuit cible essentiellement la crevette royale.

 

Étude quantitative

La répartition des indices d'abondances des rejets totaux durant cette période est représentée dans la Figure 3. Celles des rejets de poissons commerciaux sont représentées dans la Figure 4.


Figure 3 - Répartition du rendement des rejets totaux (des poissons commercialisables et non commercialisables)


Figure 4 -Répartition du rendement des rejets des poissons commercialisables

En quantités, ce sont presque le rouget blanc, le pageot et le sparaillon Diplodus annularis, qui ont été rejetés avec essentiellement le sparaillon dont les rejets ont été estimés à 338 kg. Les quantités de poissons commerciaux représentent 11,4 % du rejet total. La répartition de cette catégorie est consignée dans le tableau 3. La plus grande partie des poissons benthiques non commerciaux (75,7 %) est constituée de gobidés dont le rendement horaire moyen durant cette période était de 16 kg/h. Parmi les espèces non commerciaux, on note la présence de crabes (Eucrate crenata, Dorippe lanata, Maja squinado, Macropodia longirostris, Pilumnus hirtellus, Labrus anguilifrons, Ilia nucleus) mais surtout la présence de la squille ocellée Squilla mantis avec plus de 2212 kg, soit 17,7 kg/h. Cette espèce représente 92,6 % des rejets en crustacés non commerciaux. La répartition du rendement de cette espèce est représentée a la figure 5.


Figure 5 -Répartition du rendement de la squille Squilla mantis

Les rejets en Mollusques, avec 153,5 kg, ont été capturés avec un rendement horaire de 1,23 kg/h environ. Les Céphalopodes (0,4 %) sont constitués essentiellement de seiche de très petite taille. Les Bivalves et les Gastéropodes constituent la majeure partie des mollusques rejetés en mer (89,8 %). Au total, 34% de la partie constituant le rejet total est composée d'holothuries, d'algues et phanérogames, de polychètes, de fausse éponges, de pagures et de débris de coquillages.

Les rejets des petits poissons commercialisables sont peu importants (9,5%). La proportion de cette catégorie, par rapport au rejet total, est presque similaire à celle enregistrée durant les campagnes de prospection au mois de mai 2002 (10%). Alors que les rejets des espèces non commercialisables sont plus importants (28,5%). La proportion de ces espèces a enregistré une légère augmentation puisqu'elle était de 26%.


Étude qualitative des débarquements et des rejets

Après avoir effectué une étude quantitative sur la partie constituant le rejet en relation avec les débarquements, on s’est intéressé à l’étude qualitative de ces deux composantes et particulièrement l’analyse des structures démographiques des principales espèces commerciales et non commerciales les plus présentes dans les captures (Figures 6-15). Les espèces commerciales sont essentiellement le sparaillon Diplodus annularis, le pageot Pagellus erythrinus, la daurade Sparus aurita, la bogue Boops boops, les deux espèces de rouget Mullus surmuletus et Mullus barbatus, le marbré Litognathus mormyrus, la sole Solea aegyptica, le saurel Trachurus trachurus, le petit pagre Pagrus coeruleostictus, la seiche Sepia officinalis et les deux espèces de crevette Penaeus kerathurus et Metapenaeus monoceros. Pour celles à valeur commerciale non élevée, l’étude a porté plus particulièrement sur le serran Serranus hepatus, les gobidés Gobius sp. et la limande ou feuille Citharus linguatula.


Figure 6 -: Structure démographique du sparaillon Diplodus annularis débarqué en mai-juin 2003


Figure 7-Structure démographique du pageot commun Pagellus erythrinus débarquée en mai-juin 2003


Figure 8 -Structure démographique du pageot commun Pagellus erythrinus rejetée en mai-juin 2003


Figure 9-Structure démographique du marbré Lithognatus mormyrus commun en mai-juin 2003


Figure 10 -Structure démographique du rouget blanc Mullus barbatus débarqué en mai-juin 2003


Figure 11 -Structure démographique du merlu Merluccius merluccius débarqué en mai-juin 2003


Figure 12 -Structure démographique du serre Pomatomus saltatrix débarqué en mai-juin 2003


Figure 13-Structure démographique crevette royale Penaeus kerathurus débarquée en mai-juin 2003


Figure 14 -: Structure démographique de la crevette blanche Metapenaeus monoceros rejetée en mai-juin 2003


Figure 15 -Structure démographique du serran Serranus hepatus rejetée en mai-juin 2003

  
Les causes des rejets

Nous distinguons deux types de sélectivité : la sélectivité interspécifique, c’est la propriété de retenir une espèce plutôt qu’une autre et la sélectivité intra-spécifique, ayant la capacité de retenir des individus atteignant une certaine taille pour une espèce déterminée. Des études ont montré que les chaluts à panneaux, sont surtout efficaces pour la capture des petits poissons. En effet, les poissons de grandes tailles ont plus de chance d’éviter le chalut que ceux de petites tailles lors des opérations de chalutage (CCRH, 1997). Une fois piégés à l’intérieur du chalut, il y a des poissons qui peuvent passer à travers les mailles, alors que d’autres ne le peuvent pas. Cette sélectivité dépend de plusieurs facteurs :

  • LE MAILLAGE DE LA POCHE Pour aboutir à une exploitation rationnelle des stocks halieutiques, plusieurs réglementations de maillage ont été imposées par la plupart des pays possédant des ressources halieutiques. Pour cette raison, de nombreuses études de sélectivité ont été réalisées afin de déterminer le maillage convenable pour chaque espèce. Ces études ont montré que la sélectivité est nettement influencée par un changement de maillage de la poche.

  • NATURE DU FIL CONSTITUANT LA POCHE C’est l’un des facteurs qui peuvent influencer la sélectivité d’un chalut. Pour les fibres naturelles, c’est le coton et le chanvre qui donnent des paramètres de sélectivité les plus élevés, alors que pour les fibres synthétiques, ce sont les fibres en polyamides et en polyester qui ont le pouvoir de sélectivité le plus élevé.

  • FORME DE LA MAILLE Les mailles carrées sont plus sélectives que les mailles losanges. En effet, ces dernières ont tendance à se fermer par la partie centrale lors de l’opération de pêche, entraînant ainsi, la réduction d’échappement de petits poissons. Alors que les mailles carrées restent ouvertes, ce qui facilite l’échappement des petits organismes.

D’autres facteurs peuvent aussi influencer la sélectivité des chaluts, à savoir, la longueur de la poche, les erses de renfort et autres dispositifs fixés à la poche. Il est important de noter que l’Institut National des Sciences et Technologies de la Mer a mis au point et expérimenté un nouveau type de chalut qui ne laisse pénétrer dans le sac ou cul de chalut que les crevettes et les poissons de grandes tailles. Toutes les espèces de petites tailles peuvent s’échapper du chalut grâce à un dispositif confectionné par l’INSTM (grille INSTM). Ce nouveau chalut a été expérimenté en mer à bord du bateau de recherche océanographique Hannibal. Jusqu’à présent, il a donné un taux de réussite de plus de 60%.

  • CAUSES D’ORDRE COMMERCIAL Certaines espèces, vu que leur valeur marchande est très faible, sont souvent rejetées à des taux élevés, voir intégralement rejetées. Nous pouvons citer l’exemple de la squille Squilla mantis, qui est totalement rejetée, il en est de même pour le serran Serranus hepatus et les gobidés. Quant aux clupéidés (sardine et sardinelle), ils sont totalement rejetés, vu que ces espèces ne peuvent pas être conservées pendant longtemps.

  • CAUSES D’ORDRE REGLEMENTAIRE Vu que la loi exige que les captures d’organismes, dont la taille est inférieure à la taille réglementaire, ne doivent pas dépasser les 10% des captures totales, les pêcheurs se trouvent condamnés à rejeter les quantités excédentaires, bien que ce n’est pas toujours le cas, afin de respecter cette loi.

  
Conclusions et Perspectives

Le rejet en mer d’organismes marins après chaque opération de pêche est une pratique courante dans la plupart des pêcheries mondiales. Les raisons en sont diverses : certaines espèces ne sont pas commercialisables, ou ne trouvent pas de preneur sur le marché, ou encore n’atteignent pas la taille légale de commercialisation. Afin de mieux élucider l’impact du chalutage aussi bien sur les écosystèmes marins que sur les ressources halieutiques de la région, l’embarquement directement sur certaines unités de pêche, a permis d’observer et d’analyser de plus prés le phénomène des rejets. L’impact du chalutage sur le fond dépend du poids de l’engin, de la vitesse du chalutage, du type du fond et de la puissance du courant. Cependant, la destruction d’habitats et de niches  écologiques est inéluctable. Le raclage du fond par les panneaux et les chaînes métalliques ramène souvent des quantités considérables de sables et de vases. Ainsi, l’arrachage abusif des éponges et des herbiers de posidonies a pour conséquence immédiate la raréfaction d’une importante endofaune. En effet, lors des sorties effectuées durant la période printanière, entre mai et juin, la proportion de ces espèces par rapport aux rejets totaux a atteint 28%.

Par ailleurs, les résultats obtenus montrent que les quantités d’organismes marins rejetés varient selon les groupes d’espèces. En effet, les espèces qui n’ont pas de valeur commerciale, telle que la squille ocelée Squilla mantis sont les plus concernées par le phénomène. D’un autre côté, il est important de signaler que les études se rapportant à l’évaluation des stocks exploités doivent tenir compte des rejets. C’est ainsi que les quantités rejetées constituent une composante assez importante qu’il faut estimer et inclure dans les modèles d’évaluation des stocks et de l’aménagement des pêcheries. En effet, négligées, ces quantités pourraient conduire à des erreurs dans les estimations des stocks étudiés et de leur potentiel exploitable.

Enfin, il serait important de signaler que ce travail constitue l’une des rares tentatives de l’étude des phénomènes du rejet au niveau des côtes tunisiennes. Les résultats obtenus ont concerné essentiellement les régions Nord et Sud du pays durant des périodes bien limitées dans le temps. Pour mieux cerner ce problème et lutter contre ce phénomène, il serait judicieux de :

  • Lui accorder encore plus d'attention en se dotant des moyens matériels et humain adéquats et en poussant les analyses afin d'obtenir des résultats continus et assez réactualisés.

  • Poursuivre les opérations d’échantillonnage et de collecte des données au niveau de la totalité des côtes tunisiennes et couvrir toutes les strates temporelles.

  • Alimenter la base de données déjà établie sur cet aspect assez important des pêcheries méditerranéennes en général et tunisiennes en particulier d’une façon régulière et continue.

  • Encourager les études effectuées, plus particulièrement en ce qui concerne l’amélioration de la sélectivité des engins de pêche utilisés actuellement.

Il est également à rappeler que l’étude des rejets est devenu l’une des priorités des activités de recherche du Laboratoire Ressources Marines Vivantes de l’INSTM. En effet, le suivi et l’analyse continue de ce phénomène sont programmés dans presque tous les projets du laboratoire.