| L'étude des rejets se fait
par échantillonnage des
capture réalisées par:

Figure 1 - Navire Océanographique
"Hannibal" de l'INSTM
L’unité d’échantillonnage est le trait ;
cependant les différentes caractéristiques du trait sont
notées par l’observateur suivant une fiche bien appropriée.
Pour les structures démographiques des rejets des plus
importantes espèces, nous les avons également consignés dans
d’autres types de fiches.
Rappelons qu’à chaque coup de chalut, les
coordonnées géographiques (longitude et latitude), la
direction, la durée et la profondeur ont été enregistrées.
Ces paramètres sont à chaque fois pris au début et à la fin
des traits de chalut effectués. A bord du bateau, nous
procédons, outre à l'identification des espèces pêchées et
du benthos, à la mensuration biométrique d'un échantillon
représentatif des principales espèces capturées. A chaque
coup de chalut, les quantités en espèces commerciales sont
triées puis pesées et analysées séparément. Les longueurs
individuelles sont mesurées par un ichtyomètre à 0,5 cm
près, alors que les masses des échantillons prises en
considération (individus non éviscérés) sont déterminées par
une balance électronique. Pour l'estimation des rejets de
petits poissons, nous prélevons, par trait, un échantillon
représentatif dont le traitement s'effectuera
ultérieurement. Cette estimation est rapportée aussi bien
aux nombres d'individus rejetés qu'à leurs poids respectifs.
Au retour au laboratoire, on détermine qualitativement et
quantitativement la composition spécifique des échantillons
relatifs au rejet et au benthos. Toutes les différentes
données obtenues sont saisies et archivées dans un système
informatisé (Tableur EXCEL).
Après les opérations de triage des captures, les espèces du benthos sont déterminées par les différentes
clés usuelles de déterminations : Fisher et al. (1987), Ridel (1959)
et Nordsick (1984). Pour l’estimation quantitative, nous avons
déterminé les indices d’abondance des plus importantes
espèces rejetées. Ces indices sont généralement exprimés en
kg/h (kilogramme par heure de pêche effective). Pour
certaines espèces dont nous avons pu déterminer les
structures démographiques, nous avons pu estimer ces indices
en nombre d’individus par trait de chalut effectués.
Nos opérations d’échantillonnage ont concerné la région Nord et Sud de la Tunisie (golfe de Gabès).
Par ailleurs, la zone du golfe de Gabès concernée par l’étude
de l’évaluation d’impact s’étend depuis les limites Sud des îles
de Kerkennah jusqu’aux frontières tuniso-lybienne.
Il est cependant important de noter que les différents
traits étaient effectués selon le choix du patron du bateau.
Nous nous limitons, à la période mai - juin de 2003, période
qui coïncide avec la première campagne de pêche de la
crevette royale dans le golfe.
Les différents traits effectués sont représentés dans la carte de la Figure 2.
L’engin de pêche utilisé à bord de ces bateaux est un chalut
de type crevettier assez largement employé par la flottille
hauturière du golfe de Gabès.

Figure 2 - Traits de chalut effectués dans le golfe de Gabès aux mois
de mai et juin 2003
L'estimation de l'indice d'abondance,
défini ici comme étant le rendement horaire,
aussi bien des espèces commerciales que des
rejets de petits poissons et des autres espèces
a été calculée comme suit :
Qi: Quantité débarquée ou rejetée de l’espèce considérée pendant le trait (i)
ti: Durée
en minutes du trait i (Rh): Pour une strate
temporelle donnée, nous calculons assez souvent un
rendement horaire moyen

L'intervalle de confiance pour une
probabilité de 0,05 % serait de la forme:
Pour chaque composante, groupes d’espèces ou espèce, ce paramètre a été
estimé par trait de chalut puis la moyenne a
été calculée par strate temporelle. Rappelons qu’à l’intérieur de chacune de ces strates,
le choix de l’emplacement du trait est aléatoire.
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Résultats
obtenus |
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Les premiers résultats d'analyse de données de
campagnes réalisées depuis 1999 montrent la richesse des
rejets benthiques que se soit en espèces commerciales ou non
commerciales (voir
liste taxonomique). Le nombre et la nature des espèces
varient selon la zone de pêche et les profondeurs
fréquentées. En moyenne, nous avons rencontré environ 15
espèces avec un maximum qui peut dépasser 25 espèces.
Au total, 81 traits de chalut totalisant 125
heures de pêche effective ont pu
être analysés. Parmi ces traits,
34 ont été effectués la nuit alors
que 47 traits ont été réalisés le jour.
Il est à noter que la pêche de nuit cible
essentiellement la crevette royale.
Étude quantitative
La répartition des indices d'abondances des rejets totaux durant cette période est représentée dans la
Figure 3. Celles des rejets de poissons commerciaux sont représentées dans la
Figure 4.

Figure 3 - Répartition du rendement des rejets totaux (des poissons commercialisables et non
commercialisables)

Figure 4 -Répartition du rendement des rejets des poissons commercialisables
En quantités, ce sont presque le rouget blanc, le pageot et le sparaillon
Diplodus annularis, qui ont été rejetés avec essentiellement le sparaillon dont les rejets ont été estimés à 338 kg. Les quantités de poissons commerciaux représentent 11,4 % du rejet total.
La répartition de cette catégorie est consignée dans le
tableau 3. La plus grande partie des poissons benthiques non commerciaux (75,7 %) est constituée de gobidés dont le rendement horaire moyen durant cette période était de 16 kg/h.
Parmi les espèces non commerciaux, on note la présence de crabes (Eucrate crenata, Dorippe lanata, Maja squinado, Macropodia longirostris, Pilumnus hirtellus, Labrus anguilifrons, Ilia nucleus) mais surtout la présence de la squille ocellée
Squilla mantis avec plus de 2212 kg, soit 17,7 kg/h. Cette espèce représente 92,6 % des rejets en crustacés non commerciaux. La répartition du rendement de cette espèce est
représentée a la figure 5.

Figure 5 -Répartition du rendement de la squille
Squilla mantis
Les rejets en Mollusques, avec 153,5 kg, ont été
capturés avec un rendement horaire de 1,23 kg/h environ.
Les Céphalopodes (0,4 %) sont constitués essentiellement
de seiche de très petite taille. Les Bivalves et les Gastéropodes
constituent la majeure partie des mollusques rejetés en mer (89,8 %).
Au total, 34% de la partie constituant le rejet total est composée
d'holothuries, d'algues et phanérogames, de polychètes, de fausse éponges, de pagures et de débris de coquillages.
Les rejets des petits poissons commercialisables sont
peu importants (9,5%). La proportion de cette catégorie,
par rapport au rejet total, est presque similaire à celle
enregistrée durant les campagnes de prospection au mois de mai 2002 (10%).
Alors que les rejets des espèces non commercialisables sont plus
importants (28,5%). La proportion de ces espèces a enregistré une
légère augmentation puisqu'elle était de 26%.
Étude qualitative des débarquements et des rejets
Après avoir effectué une étude quantitative sur la partie constituant
le rejet en relation avec les débarquements, on s’est intéressé à
l’étude qualitative de ces deux composantes et particulièrement
l’analyse des structures démographiques des principales espèces
commerciales et non commerciales les plus présentes dans les captures (Figures
6-15).
Les espèces commerciales sont essentiellement le sparaillon Diplodus annularis, le pageot
Pagellus erythrinus, la daurade
Sparus aurita, la bogue Boops boops, les deux espèces de rouget
Mullus surmuletus et Mullus barbatus, le marbré Litognathus mormyrus,
la sole Solea aegyptica, le saurel Trachurus trachurus, le petit pagre
Pagrus coeruleostictus, la seiche Sepia officinalis et les deux espèces
de crevette Penaeus kerathurus et Metapenaeus monoceros.
Pour celles à valeur commerciale non élevée,
l’étude a porté plus particulièrement sur le
serran Serranus hepatus, les gobidés Gobius sp. et
la limande ou feuille Citharus linguatula.

Figure 6 -: Structure démographique du sparaillon Diplodus
annularis débarqué en mai-juin 2003

Figure 7-Structure démographique du pageot commun Pagellus erythrinus débarquée en mai-juin 2003

Figure 8 -Structure démographique du pageot commun Pagellus erythrinus rejetée en mai-juin 2003

Figure 9-Structure démographique du marbré Lithognatus mormyrus commun en mai-juin 2003

Figure 10 -Structure démographique du rouget blanc Mullus barbatus débarqué en mai-juin 2003

Figure 11 -Structure démographique du merlu Merluccius merluccius débarqué en mai-juin 2003

Figure 12 -Structure démographique du serre Pomatomus saltatrix débarqué en mai-juin 2003

Figure 13-Structure démographique crevette royale Penaeus kerathurus débarquée en mai-juin 2003

Figure 14 -: Structure démographique de la crevette blanche Metapenaeus monoceros rejetée en mai-juin 2003

Figure 15 -Structure démographique du serran Serranus hepatus rejetée
en mai-juin 2003
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Les causes des rejets |
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Nous distinguons deux types de sélectivité : la sélectivité interspécifique, c’est la propriété de retenir une espèce plutôt qu’une autre et la sélectivité intra-spécifique, ayant la capacité de retenir des individus atteignant une certaine taille pour une espèce déterminée.
Des études ont montré que les chaluts à panneaux, sont surtout efficaces pour la capture des petits poissons. En effet, les poissons de grandes tailles ont plus de chance d’éviter le chalut que ceux de petites tailles lors des opérations de chalutage (CCRH, 1997). Une fois piégés à l’intérieur du chalut, il y a des poissons qui peuvent passer à travers les mailles, alors que d’autres ne le peuvent pas. Cette sélectivité dépend de plusieurs facteurs :
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LE MAILLAGE DE LA POCHE
Pour aboutir à une exploitation rationnelle des stocks halieutiques, plusieurs réglementations de maillage ont été imposées par la plupart des pays possédant des ressources halieutiques. Pour cette raison, de nombreuses études de sélectivité ont été réalisées afin de déterminer le maillage convenable pour chaque espèce. Ces études ont montré que la sélectivité est nettement influencée par un changement de maillage de la poche.
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NATURE DU FIL CONSTITUANT LA POCHE
C’est l’un des facteurs qui peuvent influencer la sélectivité d’un chalut. Pour les fibres naturelles, c’est le coton et le chanvre qui donnent des paramètres de sélectivité les plus élevés, alors que pour les fibres synthétiques, ce sont les fibres en polyamides et en polyester qui ont le pouvoir de sélectivité le plus élevé.
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FORME DE LA MAILLE
Les mailles carrées sont plus sélectives que les mailles losanges. En effet, ces dernières ont tendance à se fermer par la partie centrale lors de l’opération de pêche, entraînant ainsi, la réduction d’échappement de petits poissons. Alors que les mailles carrées restent ouvertes, ce qui facilite l’échappement des petits organismes.
D’autres facteurs peuvent aussi influencer la sélectivité des chaluts, à savoir, la longueur de la poche, les erses de renfort et autres dispositifs fixés à la poche.
Il est important de noter que l’Institut National des Sciences et Technologies de la Mer a mis au point et expérimenté un nouveau type de chalut qui ne laisse pénétrer dans le sac ou cul de chalut que les crevettes et les poissons de grandes tailles. Toutes les espèces de petites tailles peuvent s’échapper du chalut grâce à un dispositif confectionné par l’INSTM (grille INSTM). Ce nouveau chalut a été expérimenté en mer à bord du bateau de recherche océanographique Hannibal. Jusqu’à présent, il a donné un taux de réussite de plus de 60%.
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CAUSES D’ORDRE COMMERCIAL
Certaines espèces, vu que leur valeur marchande est très faible, sont souvent rejetées à des taux élevés, voir intégralement rejetées. Nous pouvons citer l’exemple de la squille
Squilla mantis, qui est totalement rejetée, il en est de même pour le serran
Serranus hepatus et les gobidés. Quant aux clupéidés (sardine et sardinelle), ils sont totalement rejetés, vu que ces espèces ne peuvent pas être conservées pendant longtemps.
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CAUSES D’ORDRE REGLEMENTAIRE
Vu que la loi exige que les captures d’organismes, dont la taille est inférieure à la taille réglementaire, ne doivent pas dépasser les 10% des captures totales, les pêcheurs se trouvent condamnés à rejeter les quantités excédentaires, bien que ce n’est pas toujours le cas, afin de respecter cette loi.
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Conclusions
et Perspectives |
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Le rejet en mer d’organismes marins après
chaque opération de pêche est une pratique courante dans la
plupart des pêcheries mondiales. Les raisons en sont
diverses : certaines espèces ne sont pas commercialisables,
ou ne trouvent pas de preneur sur le marché, ou encore
n’atteignent pas la taille légale de commercialisation. Afin
de mieux élucider l’impact du chalutage aussi bien sur les
écosystèmes marins que sur les ressources halieutiques de la
région, l’embarquement directement sur certaines unités de
pêche, a permis d’observer et d’analyser de plus prés le
phénomène des rejets. L’impact du chalutage sur le fond
dépend du poids de l’engin, de la vitesse du chalutage, du
type du fond et de la puissance du courant. Cependant, la
destruction d’habitats et de niches écologiques est inéluctable. Le raclage du fond par
les panneaux et les chaînes métalliques ramène souvent
des quantités considérables de sables et de vases.
Ainsi, l’arrachage abusif des éponges et des herbiers de
posidonies a pour conséquence immédiate la raréfaction
d’une importante endofaune. En effet, lors des
sorties effectuées durant la période printanière, entre mai et juin,
la proportion de ces espèces par rapport aux rejets totaux a atteint 28%.
Par ailleurs, les résultats obtenus montrent que les quantités d’organismes marins rejetés varient
selon les groupes d’espèces. En effet, les espèces qui n’ont pas de valeur
commerciale, telle que la squille ocelée Squilla mantis sont les plus
concernées par le phénomène. D’un autre côté, il est important de signaler
que les études se rapportant à l’évaluation des stocks exploités doivent
tenir compte des rejets. C’est ainsi que les quantités rejetées constituent
une composante assez importante qu’il faut estimer et inclure dans les
modèles d’évaluation des stocks et de l’aménagement des pêcheries.
En effet, négligées, ces quantités pourraient conduire à des erreurs
dans les estimations des stocks étudiés et de leur potentiel exploitable.
Enfin, il serait important de signaler que ce
travail constitue l’une des rares tentatives de l’étude des phénomènes
du rejet au niveau des côtes tunisiennes. Les résultats obtenus ont
concerné essentiellement les régions Nord et Sud du pays durant des
périodes bien limitées dans le temps. Pour mieux cerner ce problème et
lutter contre ce phénomène, il serait judicieux de :
Lui accorder encore
plus d'attention en se dotant des moyens matériels
et humain adéquats et en poussant les analyses afin
d'obtenir des résultats continus et assez réactualisés.
Poursuivre
les opérations d’échantillonnage et de
collecte des données au niveau de la totalité
des côtes tunisiennes et couvrir toutes les strates temporelles.
Alimenter la base de données déjà
établie sur cet aspect assez important des pêcheries
méditerranéennes en général et tunisiennes en particulier
d’une façon régulière et continue.
Encourager les études effectuées,
plus particulièrement en ce qui concerne l’amélioration de
la sélectivité des engins de pêche utilisés actuellement.
Il est également à rappeler que l’étude des rejets est devenu
l’une des priorités des activités de recherche du Laboratoire
Ressources Marines Vivantes de l’INSTM. En effet, le suivi et
l’analyse continue de ce phénomène sont programmés dans presque
tous les projets du laboratoire.
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