Intensité
et distribution spatial et temporelle de l'interaction
La fréquence moyenne des sorties de pêche faisant l’objet de l’attaque par le Grand Dauphin est de l'ordre de 16%. Parfois, une même sortie de pêche peut faire l’objet de plusieurs attaques
Une analyse spatiale des résultats révèle une augmentation de l'intensité du phénomène au fur et à mesure que l'on se dirige vers l'ouest des côtes marocaines de la Méditerranée.
La figure 2 montre la distribution de la fréquence des attaques par port d’attache des bateaux: On voie que la plus élevée est celle du port de M'Diq
(19%suivie par le port d' Al Hoceima (16%), la plus basse (9%) étant celle de Nador.

Figure 2: Fréquence (%) des attaques par port.
On observe une importante variation des attaques au cours de l'année, avec une réduction de l'intensité durant la période estivale (Fig. 3). Cependant, cette période de l’année correspond à des niveaux élevés de l'effort de pêche en raison des conditions climatiques plus favorables pour la navigation (Fig. 4).

Figure 3: Évolution des fréquences des attaques au cours de
l'année.

Figure 4: Évolution de l'effort de pêche total au cours de
l'année 2002 (source: ONP).
Ces données indiquent que l'intensité du
phénomène est liée plutôt au comportement du mammifère
conditionné par l'environnement et non au niveau d'effort de
pêche.
Identification des pertes et dégâts
occasionnés à la pêche

Figure 5: Schéma des effets e
conséquences de la présence du dauphin sur la pêche
Les
recherches
effectuées sur le terrain, ont révélé différents types de
pertes et dégâts, occasionnés aux pêcheurs suite aux
attaques du Grand Dauphin sur le banc de poisson encerclé
par la senne coulissante.
Les attaques
se font au moment où le poisson se trouve groupé en masse
contre une partie de la senne. Il en résulte des déchirures
au niveau des parties du filet qui se trouvent prises entre
les mâchoires de ce mammifère ; la majorité de ces
déchirures (Fig.
6; Fig. 7) se situe au
niveau des dernières parties du filet soulevées de la mer,
soit 100 à 200 mètres de longueur. Les conséquences sur la
pêcherie sont la perte partielle de la capture encerclée due
à la fuite du poisson et, aussi la perte éventuelle de la
capture en cas d'annulation des opérations de pêche. Ceci se traduit par une réduction du produit brut, une perte de temps et une plus grande consommation de carburant. De même la réparation et le changement
précoce des filets provoquent l'augmentation des frais d'amortissement et de réparation des filets.

Figure 6: Formes des déchirures
occasionnées par les dauphins

Figure 7: Importance des
déchirures sur une partie des filets
Un autre
type de perte est a lieu après des
opérations d’allumage des feux pour grouper le poisson et le
faire remonter en surface, quand le
dauphin pénètre au sein du banc et le fait disperser.
Ceci entraîne l’annulation de l’opération de pêche, ce qui
se traduit par la perte de la capture.
La recherche du
poisson dans des zones plus éloignées à conséquence du crainte du patron envers les attaques
des dauphins provoquent aussi une perte de
temps et augmentation de la consommation du carburant.
Résumé de l'évaluation économique sur
l'activité sardinière
Les
répercussions économiques du phénomène d’interaction, seront
évalués sur la base des pertes et dégâts causés par la fuite partielle du poisson
encerclé par la senne tournante à travers les
déchirures, au moment de l’attaque du dauphin,l’annulation des opérations de
pêches,
l’annulation des sorties de
pêche,la réparation des filets endommagés
par le mammifère,
et l’augmentation des frais d’amortissement des filets
de pêche.
Pour l’ensemble de la méditerranée, la perte de la capture
en poids résultant de l’interaction entre les senneurs et
les dauphins, est estimée aux environs de 7%.
Le niveau des
pertes et dégâts économiques, varie d’un port à l’autre. En
effet, pour un sardinier actif durant tout le mois au niveau
du port où il est rattaché, les pertes mensuelles moyennes
en valeur ajoutée, varient entre un minimum de 12 700 Dhs
enregistré au niveau du port de Nador, et un maximum de 35
200 Dhs au port de M’Diq ; le port d’Al Hoceima se situe
dans une position intermédiaire avec des pertes mensuelles
estimées à près de 26 300 Dhs par sardinier.
Cette variation entre les ports est due principalement à la
variation des fréquences des attaques qui, plus elles
augmentent, plus le niveau des pertes et dégâts est
important.
En moyenne, chaque sortie attaquée entraîne des pertes de
l’ordre de 6 900 Dhs, dont 57% issues de la fuite du poisson
à travers les déchirures occasionnées lors de l’incident,
22% suite à la réduction de l’activité de pêche (à savoir
l’annulation des sorties et opérations de pêche), et 21% dus
à l’endommagement des filets de pêche (frais additif de
réparation et d’amortissement des filets).
D’une manière globale, les pertes annuelles en valeur
ajoutée du secteur de pêche sardinière en Méditerranée
marocaine, suite à ce phénomène d’interaction, se chiffrent
à près de 23 millions de Dhs pour environ 3400
sorties de pêche attaquées. Le tableau 6 montre que les
pertes varient d’un port à l’autre suite à la variation du
nombre d’attaques enregistrées. Le port de M’Diq connaît le
niveau des pertes le plus élevé avec près de 10 MDhs pour
l’ensemble de la flottille, vient par la suite le port d’Al
Hoceima avec environ 7,5 MDhs, alors que le port de Nador
enregistre les pertes les moins élevées qui se situent aux
alentours de 1.8 MDhs, du fait des niveaux relativement
faibles de l’effort de pêche et des fréquences des attaques.
Tableau 2: Analyse
économique dans la région
|
Région
|
Effort
annuel de pêche |
Fréquence
des sorties attaquées |
Nombre de
attaquées par an |
Pertes moyennes par attaque (dhs) |
Pertes
totales en millions de dirhans
|
|
Al Hoceima |
6800 |
16% |
1100 |
7700 |
8,2 |
|
Nador/Ras Kebdana
|
300 |
9%
|
300 |
6450 |
1,8 |
|
M'Diq
|
8300
|
19% |
1600
|
6550
|
10,3 |
|
Mediterranée
|
208000 |
16%
|
3400 |
6950 |
23,3 |
Pour l'ensemble des ports et la durée de
l'étude, le tube a montré une efficacité moyenne d'environs
de 21% qui varie au cours des mois et d'un port à l'autre
(Fig.7).
Cette efficacité varie au cours des mois et d’un port à
l’autre.

Figure 7: Évolution de l'efficacité (%) du tube
durant les moins
La diminution de
l’efficacité du tube est certainement due à la détérioration
de l’engin à force de frappe à coût de marteau, et à son
exposition fréquente à l’eau de mer (durée de vie est
d’environs 6 mois selon Mr. Lotfi Ben Naceur de l’INSTM de
Tunisie). Toutefois, la chute brutale de l’efficacité après
les deux premiers mois, pourrait être due à l’adaptation du
dauphin à l’engin répulsif, mais des études scientifiques
restent à faire pour approuver ou rejeter cette hypothèse.
En considérant
les différences entre les ports, Il faut noter que
l'efficacité du tube est liée principalement à la correcte
utilisation de l'engin. Ceci explique la plus grande efficacité pour le port d'Al Hoceima (36%) ou les pêcheurs ont utilisé le tube de façon plus correcte que les pêcheurs du port de Nador (22% efficacité) et de M'Diq (11% efficacité).